L’enfant et la famille

L’enfant et la famille : la sophrologie, pourquoi faire ?

Par Annie Van Praet, master spécialiste, Revue suisse pour le développement international de la sophrologie Caycédienne, avril-juin 2011

Être une famille, devenir une famille, n’est-ce pas le rêve de tout un chacun ? L’enfant, depuis le très jeune âge, s’imagine dans une famille dont l’imaginaire lui a été transmis d’une manière ou d’une autre par ses parents, et sans doute espère-t-il,  lui aussi, avoir un jour sa propre famille. Ce tableau idyllique constitue, pour la plupart des êtres humains, comme la clé du bonheur : la famille heureuse comme but en soi, et synonyme d’objectif à atteindre dans la vie.

La famille a toujours été définie comme l’ensemble des personnes vivant sous le même toit et  qui se reconnaissent  d’un même sang ou d’un même ancêtre. Mais de nos jours, que signifie la famille, après tant d’évolutions ces dernières années de nos mœurs sociales ? Dans notre pratique de sophrologue, nous constatons que la représentation de la famille s’est étonnamment diversifiée : de la famille unicellulaire à la famille recomposée, en passant par la famille monoparentale. Un couple sans enfant constitue-t-il une famille ? Une mère avec enfant et sans mari peut-elle être considérée comme une famille ? Une famille recomposée avec des patronymes différents est-elle une vraie famille ? Ces questions nous semblent superfétatoires, car pour nous professionnels sophrologues, c’est le système relationnel qui importe et semble déterminant pour l’épanouissement des membres de cet ensemble de personnes appelé famille, que ce système relationnel s’ordonne sur la relation intergénérationnelle parents-enfants ou de couple estampillé conjugal ou tout simplement "pacsé" comme en France. Etant donné la fonction de la famille, quelle qu’en soit la structure, dans le développement et l’évolution de l’enfant et de l’adolescent, nous sommes souvent sollicités pour aider à résoudre les problèmes inhérents à toute transaction relationnelle et à en prévenir les ratés. S’agissant du bien-être des enfants, nous sommes persuadés, grâce aux multiples  recherches scientifiques dans ce domaine, que la manière dont la famille s’occupe de l’enfant détermine en grande partie les chances de succès du jeune enfant dans son parcours vers l’autonomie. En d’autres termes, c’est la qualité de rencontre entre enfants et parents et l’attention particulièrement alertés sur le rôle déterminant des parents qui constituent les clés essentiels de l’évolution féconde de l’enfant, et par ricochet celle du bien-être des parents. Les méthodes en sophrologie, dont  l’efficacité aujourd’hui ne fait plus de doute, nous permettent d’aider à "recartographier" les relations intrafamiliales et à donner un sens fécond aux transactions sociales qui s’y déroulent, et contribuer ainsi au développement positif de l’enfant et à l’épanouissement des parents.

Le sentiment d’appartenance à une famille semble à l’évidence le facteur structurant et sécurisant pour l’enfant et ses parents. Les enfants aussi bien que les adultes ont besoin de "rites familiaux", sorte de socle symbolique de stabilité autour duquel s’organise la vie de la famille et susceptible de tisser les liens à la fois prévisibles et permanents. Par "rites familiaux", on entend par là l’agencement temporel de ce que l’on fait régulièrement en famille, et de manière prédictible. Car les enfants ont besoin de pouvoir prédire ce qui va leur arriver, avant de développer leur intelligence, cette capacité qu’aura ultérieurement l’enfant à s’adapter aux situations nouvelles, selon Jean Piaget, le grand psychologue genevois. La prédictibilité évoquée a pour fonction de permettre à l’enfant d’avoir l’impression de contrôler ce qui advient parce que déjà connu. Ce vécu devient le pilier ou le roc de stabilité dans la vie. Ce qui permettra plus tard à l’enfant de se souvenir de son passé et pouvoir dire " quand j’étais jeune" avec une sorte de fierté, d’assurance et de confiance en soi dans la vie. C’est en ce sens que les événements familiaux ritualisés, même anodins, usinent le sentiment d’appartenance de l’enfant et constituent ainsi des marqueurs significatifs de continuité, de repères dans la trame et l’identité narratives ou l’histoire de l’enfant.

La représentation idéalisée de la famille a toujours été ancrée dans les esprits, tous âges confondus, et transmise de génération en génération. Mais que faire quand la vie de famille manifeste des difficultés, ou quand celle-ci ne correspond plus aux attentes de ses membres, et devient un objet de déception ? Très souvent les difficultés scolaires de l’enfant en sont les symptômes, ceux d’un dysfonctionnement et de la perturbation des relations intrafamiliales : mauvaises notes, manque de concentration en classe, "mobbing" entre camarades, états d’angoisse, absence de motivation pour aller à l’école, maux de ventre, céphalées, difficultés de sommeil. Quant aux parents les causes de cette atmosphère délétère  sont souvent le divorce,  les séparations  de couples, la perte du travail, le chômage, le stress au travail, les troubles émotionnels consécutifs aux mauvaises relations intrafamiliales avec son cortège de comportements agressifs et de la nervosité des membres de la famille : toutes choses qui contribuent au sentiment d’insécurité de l’enfant, et au mal être des parents.

Que peut, dans ces situations, la sophrologie ? C’est souvent la mère la première qui téléphone pour solliciter de l’aide auprès du sophrologue en faisant état du manque de concentration de l’enfant à l’école, du manque d’estime de celui-ci, car se voyant toujours "nul", de son agressivité vis-à-vis d’elle …etc. Le désarroi émotionnel de la mère est souvent bien perceptible au téléphone, car ne sachant plus quoi faire. C’est donc l’enfant qui vient en premier en consultation. Il apprend ainsi à se calmer, à respirer. Et ce n’est qu’ultérieurement qu’arrivent en consultation la mère et le père avec l’enfant, soit séparément, soit l’un ou l’autre accompagné de l’enfant. Il n’est pas rare de constater l’angoisse des parents, toujours sous stress, mal organisés, manquant de confiance en eux-mêmes et se sous-estimant en permanence, et de voir de manière tangible la perturbation des rapports parents/enfants. Il s’agit pour le sophrologue de trouver le bon moment pour intégrer les parents dans le traitement thérapeutique de l’enfant, et par ricochet leur propre traitement. C’est ainsi que se conjuguent les deux traitements en une forme de thérapie familiale. Il est à souligner que les problèmes de l’enfant sont en grande partie les symptômes des troubles relationnels à l’intérieur de la famille. Attribuer les difficultés au seul enfant est une erreur dommageable pour l’économie symbolique d’une famille, car c’est le système familial tout entier qu’il s’agit de considérer.

Pour ce faire, la sophrologie propose les moyens de vivre ces situations perturbées de manière plus positive, moins heurtée, et faire estomper leurs effets délétères, en même temps qu’elle promeut la capacité de s’adapter de manière heureuse aux situations nouvelles, en tant que, grâce aux techniques qui lui sont propres, la sophrologie permet de promouvoir, chez les membres de la famille, une confiance en eux-mêmes, indispensable pour la réussite scolaire des enfants et l’intégration sociale de ceux-ci. Les parents et les enfants apprennent à reconnaître leurs frustrations, leurs peurs, leurs émotions, et à les canaliser, à les gérer. Ils apprennent à s’ouvrir à d’autres façons de vivre, à se créer une belle vie malgré les difficultés traversées, et à s’adapter aux changements qu’ils parviennent enfin à trouver inévitables dans leur vie.  Les techniques sophrologiques rendent l’enfant responsable de lui-même en le rendant autonome.

Il y a souvent beaucoup de pression sur l’enfant, car les parents attendent de celui-ci qu’il soit le meilleur partout dans la plupart des situations de compétition, que celles-ci soient scolaires ou simplement sociales. Mais ces mêmes parents oublient que l’enfant n’apprend que par essai /erreur et correction des erreurs. C’est cette alternance d’essais/erreurs et correction qui nous dit ce que le mot expérience signifie, littéralement la traversée du danger dans son étymologie latine (ex-perire, traverser le danger où se lit en filigrane le mot "péri-l" et « ex »), expérience et danger sans lesquels il n’y a pas d’apprentissage.

La sophrologie est dirigée vers la pensée positive, la mise entre parenthèses de tout jugement à valence négative. Elle constitue la voie royale pour promouvoir et revigorer nos valeurs d’existence. Apprendre à faire face aux changements et à l’inconnu, être ouvert aux autres portes qui s’ouvrent, c’est-à-dire être capable de projets, vivre de manière heureuse dans le présent et être attentif à celui-ci, développer la mémoire des épisodes qui ont ponctué sa vie, ce sont là les trois dimensions du temps qu’aide à apprivoiser la sophrologie : le passé,  le présent et le futur. Ce projet thérapeutique est à la fois individuel,  groupal en cas de nécessité et s’adresse à tous les membres de la famille dès que les difficultés que nous avons évoquées plus haut rendent la vie des membres de la famille difficile à vivre.

Conclusion

Nous avons vu que enfants et les adolescents ont besoin de sentir qu’ils ont une vraie place au sein de la famille par un sentiment très fort d’appartenance. Les rituels familiaux et les valeurs qui les balisent sont les fondements d’un équilibre en l’enfant, l’adolescent et sa famille. Aussi les projets au sein de la famille doivent-ils être élaborés pour leur permettre de tenir dans un ensemble qui les comprend et fondent leur existence. Ce que propose la sophrologie est la promotion de la stabilité, l’équilibre psychologique, quel que soit le genre le genre de famille en présence, et quelles que soient les crises (séparations, divorces, perte de travail, maladies…etc.). C’est ce mélange de rendez-vous avec l’enfant en alternance  le plus souvent avec ceux des parents, et parfois même avec ceux des grands-parents,  qui analyse une grammaire heureuse des relations parents/enfants et leurs effets positifs dans la scolarité et les comportements sociaux de l’enfant, aussi bien que dans l’hygiène mentale de tous les membres de la famille.